Une cité stratégique fondée par Alexandre le Grand refait surface dans les sables de Mésopotamie

Fondée au IVe siècle avant notre ère par Alexandre le Grand, Alexandrie sur le Tigre était destinée à faciliter les échanges maritimes entre la Mésopotamie et l’Inde. La ville se situait près de la confluence du Tigre et du Karun, à moins de deux kilomètres de l’ancien rivage du golfe Persique.

Cette position stratégique en faisait un carrefour commercial majeur reliant l’intérieur de la Mésopotamie à des régions beaucoup plus éloignées, comme l’Inde, l’Afghanistan ou encore la Chine. Au fil des siècles, la cité prit le nom de Charax Spasinou, mais son emplacement exact finit par se perdre dans l’histoire.

Selon des chercheurs, Alexandre le Grand aurait été atteint d’un syndrome de Guillain-Barré et victime d’un faux diagnostic de décès. © gianmarchetti, fotolia


Lire l’article

Les premiers indices modernes remontent aux années 1960. Le chercheur britannique John Hansman avait alors repéré sur des photographies aériennes, des structures pouvant correspondre à l’ancienne ville. Mais les tensions politiques le long de la frontière irano-irakienne ont longtemps empêché toute exploration approfondie.


Des archéologues ont identifié les vestiges de l’ancienne Alexandrie sur le Tigre, une cité fondée au IVᵉ siècle avant notre ère par Alexandre le Grand. © Robert Killick, Projet Charax Spasinou 2022

Drones et magnétomètres pour cartographier la ville disparue

Les recherches ont véritablement repris en 2014, lorsque des archéologues britanniques ont pu se rendre sur le site de Jebel Khayyaber, près des ruines de l’ancienne cité d’Ur. Malgré un contexte sécuritaire encore sensible, ils y ont découvert d’imposantes fortifications s’étendant sur plusieurs kilomètres et atteignant par endroits près de huit mètres de hauteur.

En 2016, l’archéologue Stefan Hauser, de l’université de Constance et spécialiste de l’époque hellénistique, a rejoint le projet. Son équipe a mené d’importantes prospections de terrain sur plus de 500 kilomètres.

Les chercheurs ont également utilisé des drones pour cartographier le paysage et des magnétomètres au césium afin de détecter les structures enfouies sans procéder à des fouilles invasives. Les relevés révèlent une ville organisée selon un plan en damier comprenant quartiers résidentiels, canaux, temples, ateliers et même un complexe palatial.


Image d’un quartier urbain avec habitations et complexes religieux, obtenue grâce à un magnétomètre au césium. © Stefan Hauser, Open Access

Selon Stefan Hauser, l’organisation urbaine rappelle celle d’Alexandrie en Égypte. Les deux villes avaient été conçues comme des points de passage entre les empires de l’intérieur des terres et les grandes routes commerciales maritimes. Pendant plus de cinq siècles, Alexandrie sur le Tigre aurait ainsi joué un rôle clé dans les réseaux d’échanges à longue distance.

Une ville abandonnée après le déplacement du Tigre

Le déclin de la cité semble avoir été provoqué par des changements environnementaux. Au fil du temps, le Tigre s’est progressivement déplacé vers l’ouest. Au IIIe siècle de notre ère, le fleuve et le golfe Persique se trouvaient bien plus au sud, isolant la ville de ses routes commerciales et affaiblissant son économie.

Portrait généré à l'aide d'une IA d'Alexandre le Grand. © Ferenc, Adobe Stock


Lire l’article

Peu à peu, la cité fut abandonnée. Son rôle stratégique dans la région fut ensuite repris par la ville de Bassora, aujourd’hui l’un des principaux ports d’Irak.

De nouvelles recherches sont désormais prévues grâce au soutien de la Fondation Gerda Henkel, de la Fondation allemande pour la recherche et du fonds de protection du patrimoine culturel du British Council. Pour Stefan Hauser, le site pourrait encore livrer des informations essentielles sur les réseaux commerciaux de l’Antiquité et sur la manière dont les grandes villes portuaires étaient planifiées dans le monde antique.

Read More

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here