Ce qu’a vécu cet adolescent il y a 28 000 ans bouleverse les chercheurs

Le corps du garçon, surnommé « Il Principe » (le Prince), avait été exhumé en 1942 dans la grotte d’Arene Candide, en Italie du Nord. À l’époque, les archéologues avaient déjà repéré de lourds traumatismes à l’épaule gauche, au cou et à la mâchoire inférieure, sans jamais publier d’analyses détaillées. Rapidement reconstitué, le squelette fut ensuite exposé au musée archéologique de Ligurie.

Récemment, une équipe menée par Vitale Sparacello, bioarchéologue à l’Université de Cagliari, en Sardaigne, a obtenu l’autorisation d’examiner les os un à un. Des photographies haute définition, des modèles 3D et des observations microscopiques ont permis de revisiter chaque fracture et chaque marque laissée sur le squelette.

Des traces compatibles avec une attaque d’ours

L’étude, dont les résultats ont été publiés dans le Journal of Anthropological Sciences, confirme d’abord de graves blessures au visage et aux épaules, déjà soupçonnées lors de la découverte. Mais elle met aussi en évidence des indices bien plus parlants : une griffure linéaire de 10 millimètres sur le côté gauche du crâne, juste sous la coiffe de coquillages, ainsi qu’une dépression en forme de larme sur la cheville droite, compatible avec l’empreinte d’une dent.


À gauche, la zone touchée par le traumatisme thoraco-facial, avec la coiffe de coquillages reconstituée et le bloc d’ocre jaune placé sous la mandibule, tels qu’ils sont présentés aujourd’hui. À droite, une photographie de fouille montrant cette même région au moment de la découverte. © Archives de la Surintendance de l’archéologie, des beaux-arts et du paysage pour la Ligurie, Gênes, Italie.

Pris ensemble, ces éléments dessinent un scénario crédible : une attaque mortelle par un grand carnivore, très probablement un ours brun ou un ours des cavernes aujourd’hui disparu. Les chercheurs estiment que l’adolescent, âgé de 14 à 17 ans, n’est pas mort sur le coup. L’examen des lésions montre qu’il aurait survécu environ trois jours après l’agression. La blessure initiale aurait épargné de justesse les principaux vaisseaux sanguins, avant qu’un traumatisme crânien secondaire, une hémorragie interne ou une défaillance multiviscérale ne l’emporte.

Une communauté marquée par un drame exceptionnel

Ce délai de survie suggère que le jeune garçon n’était pas seul. Il a très probablement été pris en charge par son groupe. Impossible, en revanche, de savoir s’ils chassaient ou cueillaient des plantes au moment de la rencontre fatale.

Sa sépulture témoigne en tout cas d’un traitement hors du commun. « Le Prince » repose sur un lit d’ocre rouge, paré de centaines de coquillages perforés et de dents de cerf, accompagné de pendentifs en ivoire et d’une lame en silex importée du sud de la France. Un bloc d’ocre jaune avait même été placé près des zones les plus endommagées de son corps.

Pour les chercheurs, ces funérailles fastueuses pourraient traduire la volonté de ritualiser un événement particulièrement traumatisant pour cette petite communauté de chasseurs-cueilleurs. L’équipe espère désormais poursuivre les analyses, notamment génétiques, afin d’en apprendre davantage sur cet adolescent dont la mort violente continue, 28 000 ans plus tard, de livrer ses secrets.

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