On a de plus en plus l’impression que le monde décrit au début du XXIe siècle par Arthur Clarke et Isaac Asimov devient réel en ce qui concerne l’IA, la toile mondiale et la robotique. Certes, nous n’avons pas encore Hal 9000 ni l’équivalent des robots positroniques mais, en pratique, cela peut souvent faire illusion, au moins pour un court laps de temps.
Par contre, malheureusement, nous savons bien que les réseaux sociaux et l’IA peuvent être des sources majeures de désinformation et pas seulement en science. Cela est de plus en plus inquiétant, bien que l’on constate aussi que l’IA peut aider au développement scientifique d’une façon dont nous ne voyons pour le moment que des balbutiements, même s’ils sont déjà impressionnants !

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Comment lutter, par exemple, contre de prétendues images très réalistes de ce qui se présenterait d’abord comme une comète interstellaire, mais dont on aimerait nous convaincre qu’il s’agit indubitablement d’une sonde interstellaire E.T. ? Comment lutter contre des images tout aussi réalistes du déplacement dans l’atmosphère de la Terre de ce qui semblerait clairement être un objet fait par une civilisation E.T. ?
C’est ce qui a conduit Franck Marchis, un astronome et planétologue franco-américain, bien connu des lecteurs de Futura, à s’interroger sur ce genre de problématique dans un article sur le site de l’Institut Seti et qu’il nous a permis de reprendre en le traduisant. Hélas, les pionniers qu’étaient Carl Sagan, Frank Drake et leurs collègues russe et ukrainien Nikolaï Kardashev et Iossif Chklovski ne sont plus là pour joindre leurs voix à la sienne.

Franck Marchis, astronome planétaire senior à l’Institut Seti, a été nommé membre de l’Académie des sciences de Californie (Cal Academy) pour l’année 2023. Reconnu pour ses contributions exceptionnelles aux sciences naturelles, Marchis rejoint un groupe prestigieux de scientifiques, parmi lesquels figurent d’autres membres éminents de l’Institut Seti et de la Cal Academy, tels que Jill Tarter, Nathalie Cabrol, Seth Shostak et Andrew Fraknoi. © Franck Marchis, Seti Institute
En 2022, la communauté scientifique a été confrontée à une réalité dérangeante concernant l’utilisation de l’IA dans la recherche. Cette année-là, on a découvert qu’un article majeur de 2006 sur la maladie d’Alzheimer, fondamental pour des années de recherche, contenait des images manipulées. Pendant plus d’une décennie, les programmes de recherche et les efforts de développement de médicaments se sont appuyés sur des preuves compromises.
La méthode scientifique n’a pas failli. Les équations n’étaient pas fausses… C’est le fondement qui l’était !
La science ne s’effondre pas lorsque les théories sont remises en question. Elle s’effondre lorsque les preuves sont corrompues. On considère souvent les scientifiques comme les gardiens de la vérité ; pourtant, la science n’est pas une question de vérité.
La science est une question d’objectivité. L’objectivité signifie que les conclusions découlent des données. Les hypothèses se heurtent aux mesures. Les preuves encadrent l’imagination, et non l’inverse. Toute l’entreprise scientifique repose sur quelque chose de fragile : l’intégrité des données d’observation. Aujourd’hui, ces données sont confrontées à un nouveau défi.

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Les systèmes d’intelligence artificielle peuvent générer des images, des signaux, des transcriptions, voire des ensembles de données entiers statistiquement indiscernables des données produites par l’humain. Cette génération de données synthétiques peut résulter d’une utilisation abusive intentionnelle ou constituer un effet secondaire involontaire lors de l’entraînement de nouveaux systèmes, contaminant potentiellement les preuves scientifiques.
Le risque n’est pas que l’IA remplace les scientifiques, mais qu’elle brouille la frontière entre observation et fabrication.
Imaginez une crise géopolitique déclenchée par une image satellite. Elle pourrait aussi débuter par une anomalie radar ou la diffusion d’une vidéo d’un PAN avant même sa vérification.
A-t-elle été enregistrée ?
A-t-elle été modifiée ?
A-t-elle été générée ?
Si la provenance ne peut être démontrée, la science ne se contente pas de dériver vers l’erreur ; elle sombre dans le doute. Dans un monde profondément divisé, le doute se propage plus vite que la correction.
Une présentation de l’Institut Seti. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l’écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Seti Institute
Le doute n’est pas de la paranoïa. Nous avons constaté comment des preuves compromises, qu’il s’agisse d’images falsifiées, d’ensembles de données erronés, de la maladie d’Alzheimer à la fusion froide en physique, peuvent détourner des domaines entiers de la recherche pendant des années. À l’ère des médias synthétiques et des agents d’IA autonomes, garantir l’authenticité n’est plus une option, mais une nécessité pour une science significative.
Ces questions d’origine sont particulièrement urgentes pour le programme Seti.
Le jour où nous détecterons un signal susceptible d’indiquer une intelligence extraterrestre, ou qu’un capteur enregistrera un phénomène étrange dans le ciel, la première réaction ne sera pas la célébration, mais le scepticisme, à juste titre. Le monde se demandera : s’agit-il d’interférences ? D’une erreur instrumentale ? D’une action humaine ?
Ces questions ont façonné le programme Seti pendant plus de soixante ans. Désormais, une autre doit s’y ajouter : est-ce une fabrication ?
Si nous ne pouvons pas prouver la traçabilité des photons jusqu’à leur publication, le signal ne résistera pas à l’examen. Dans la recherche d’une intelligence extraterrestre, la crédibilité est aussi importante que la sensibilité.
Your data. Your power.
For most of history, astronomical data was locked inside a few observatories.
SkyMapper changes that.
With SkyBridge, your telescope becomes part of a global research network – capturing verifiable observations and contributing real data to science.… pic.twitter.com/Cdu3HiOs9i
— Skymapper (@Skymapperspace) March 1, 2026
C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai imaginé SkyMapper.
SkyMapper est un réseau distribué de télescopes et d’instruments couvrant l’ensemble du ciel, accessible via le Web3, conçu pour rendre vérifiables les observations, qu’elles proviennent de satellites ou de potentielles technosignatures, à leur origine.
Oui, nous utilisons la technologie blockchain. Au-delà du battage médiatique, il s’agit simplement d’un registre distribué et infalsifiable. Les systèmes financiers utilisent de tels registres pour empêcher toute modification non autorisée des transactions. La science peut s’en servir pour ancrer les observations dans le temps, l’espace et l’instrument.
Lorsqu’un télescope enregistre la trajectoire d’un satellite, une éruption météoritique ou la détection potentielle d’un PAN, SkyMapper peut démontrer :
Ce signal provient de cet instrument.
À ce moment précis.
Dans ces conditions.
Et il n’a pas été modifié.
Non pas par méfiance envers les scientifiques. Mais parce que la science ne doit pas reposer uniquement sur la confiance. La force de la science ne réside pas dans sa prétention à la vérité. Sa force réside dans la protection de l’objectivité. Et l’objectivité commence à la source…


