Ormuz : quand le sous-sol dicte la guerre du XXe et XXIe siècle… depuis des centaines de millions d’années

La région du golfe Persique est actuellement le théâtre d’une profonde crise géopolitique, marquée par des frappes aériennes coordonnées entre les États-Unis et Israël sur l’Iran.

Dans ce contexte, le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique par lequel transitent environ 20 % du pétrole transporté par voie maritime dans le monde a été fortement touché. En riposte aux frappes états-uniennes et israéliennes, les forces iraniennes ont en effet bloqué le passage des navires dans ce détroit et notamment des navires pétroliers. Une action qui vise à perturber les marchés énergétiques mondiaux.


Le détroit d’Ormuz : au nord l’Iran et sa chaîne de déformation, au sud Oman. © Jacques Descloitres, Modis Land Rapid Response Team, Nasa, GSFC, Wikimedia Commons, domaine public

Détroit d’Ormuz : un héritage tectonique

Cette situation tragique sur le plan humain et économique met en lumière l’importance de ce passage maritime naturel, qui n’a rien d’un simple accident de géographie. Le détroit d’Ormuz, sa forme étroite, son fond marin et son emplacement ne doivent rien au hasard : ils sont le résultat de millions d’années de lents mouvements tectoniques.

Comprendre comment la collision entre de grandes plaques tectoniques a sculpté ce passage unique permet aujourd’hui de mieux appréhender pourquoi une étroite bande de mer, héritage d’une histoire géologique profonde, est devenue un point névralgique pour l’économie énergétique mondiale et l’équilibre géopolitique du XXIe siècle.

Le détroit d’Ormuz se situe dans un contexte de collision tectonique. Deux grandes plaques lithosphériques s’affrontent dans la région : la plaque Arabique, qui migre vers le nord, et la plaque Eurasienne. La limite entre les deux est marquée par une longue chaîne de déformation située en Iran (nommée Zagros Fold and Thrust Belt) qui a donné naissance aux monts Zagros.

Le Venezuela possède les plus grandes réserves pétrolières au monde. © XD avec ChatGPT


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Cette vaste zone qui s’étend sur plus de 1 800 kilomètres de long se caractérise par de nombreux plis, chevauchements et failles inverses. Cette compression tectonique a ainsi entraîné un important raccourcissement et épaississement de la croûte continentale, qui explique le relief très accidenté de l’Iran.

Cette déformation se termine toutefois au niveau du détroit d’Ormuz, et pour cause : la chaîne de plis et chevauchements se connecte ici à un système de failles décrochant (Minab Fault system), lui-même connecté à l’est à la zone de subduction de Makran, qui court au large de la côte iranienne et pakistanaise. Ici, la convergence des deux plaques est accommodée par le passage de la croûte océanique de la mer d’Arabie (appartenant à la plaque Arabique) sous la plaque Eurasiatique.

Le détroit d’Ormuz est donc situé à l’interface entre ces deux grands systèmes tectoniques. Rappelons également que si la mer d’Arabie et le golfe d’Oman sont caractérisés par la présence d’une croûte océanique, la croûte sous les eaux du golfe Persique est quant à elle de nature continentale.


Carte topographique de l’Iran montrant la position du détroit d’Ormuz entre le golfe Persique et le golfe d’Oman et la chaîne du Zagros. © Eric Gaba (Sting), Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Le rôle majeur du sel, véritable « couche savon »

La déformation au niveau du détroit et dans le Zagros n’est toutefois pas homogène : elle est contrôlée en grande partie par la présence en profondeur d’une couche d’évaporites (sels), formée par évaporation d’eau dans un ancien bassin intracontinental il y a plus de 500 millions d’années.

Or, le sel est un matériau très ductile, c’est-à-dire qu’il se déforme très facilement sous la contrainte. Il forme ainsi souvent des niveaux de décollement tectoniques, sortes de « couches savon » qui vont faciliter les plissements et chevauchements des unités sédimentaires supérieures.

De plus, le sel est peu dense. Sous l’effet de la compression, les niveaux de sels, même très profonds, vont remonter sous la forme de diapirs, formant des structures spectaculaires que l’on peut admirer aujourd’hui par exemple sur l’île d’Ormuz.


L’île d’Ormuz (ou Hormoz) est le sommet d’un diapir de sel © Nadalian, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Cette île, située au niveau du détroit, n’est d’ailleurs rien d’autre qu’un diapir de sel émergé ! C’est à cette étonnante origine que l’on doit ces incroyables paysages colorés.

Cette combinaison de grandes structures tectoniques et de diapirisme a donc modelé la topographie du fond marin et de la côte, donnant naissance à un passage maritime très étroit (70 à 95 kilomètres de large pour seulement 80 mètres de profondeur en moyenne). Un véritable goulet d’étranglement qui joue aujourd’hui un rôle économique crucial.

Islande © Jackmac34, Pixabay


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La région du golfe Persique est en effet très riche en hydrocarbures, en partie à cause de la présence des couches évaporitiques qui agissent comme une couverture imperméable favorisant la conservation des hydrocarbures générés en profondeur. De plus, les diapirs forment des pièges structuraux qui drainent les hydrocarbures. Ainsi, beaucoup de champs pétroliers du golfe doivent leur géométrie à la tectonique du sel.   

Le détroit d’Ormuz illustre avec force l’entrelacement entre géologie et géopolitique. Ce goulet maritime stratégique rappelle que les enjeux énergétiques du XXIᵉ siècle s’enracinent parfois dans des processus tectoniques amorcés il y a des centaines de millions d’années.

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